Le Train de la Côte Bleue

train de la côte bleue cover calanque

Le Train de la Côte Bleue. Ce nom m’évoque un titre d’Agatha Christie. J’imagine des ladies anglaises en goguette sur la Riviera.

train de la côte bleue poster vintage calanques

 

Plus prosaïquement, il s’agit du TER qui relie Miramas à Marseille en longeant 32km de calanques.
Le train est un réel stimulant pour l’imaginaire. Le Train de la Côte Bleue ne déroge pas à la règle. Viaducs et tunnels se succèdent tandis que la mer s’étire parallèlement à la voie ferrée.

train de la côte bleue viaduc de méjean

C’est une véritable invitation au voyage.
Entre les criques cachées et les villages pittoresques, la mer trace son chemin le long des rochers.

L’heure et quart du trajet s’écoule lentement. Le charme du voyage en train opère. Le temps s’écoule au rythme des arrêts et des conversations des usagers.
Son propre reflet dans la vitre nous place dans une dimension parallèle.
Le monde du dehors se superpose à notre image comme un portail ouvrant sur une autre réalité.

train de la côte bleue estaque

 

Que se passe t-il dehors ?
Les paysages s’égrènent et donnent envie d’ailleurs.
C’est ce même paysage qui m’a donné envie d’emprunter ce TER.
Une après-midi baignade à Méjean avait éveillé ma curiosité.  L’immense viaduc enjambant le minuscule port avait stimulé mes envies d’ailleurs.  Et les trains serpentant le long de la côte, les uns après les autres, rappelaient la marche du monde.

Je décidais donc de rallier Nîmes à Marseille en prenant le Train de la Côte Bleue. Ce n’était pas le trajet le plus court et le plus direct, loin de là. Mais ce détour eut le mérite de justifier l’art du voyage en train : une déambulation qui repousse les horizons de la rêverie.

train de la côte bleue etang rose
Étang rose de Fos-sur-Mer

Les paysages lunaires des étangs roses de Fos-sur-Mer accrochent le regard.
Les ports encaissés dans les falaises rouges défient le bleu de l’horizon.
De l’Estaque, la baie de Marseille se dresse fière et immuable.

 

Brèves de Mistigri : Un train sans fin

train- le train sans fin

Tout devait s’enchaîner à merveille.
Un New York-Paris atterissant à Roissy à 7h30. Un taxi me déposant chez moi pour une douche et pour poser ma grosse valise avant un direct Paris-Arcachon départ 10h52 de Montparnasse. Arrivée Arcachon 13h40. Répetition chorale à 14h pour une messe de mariage à 16h, puis le cocktail, les amis, le champagne…

Tout commence toujours à Montparnasse qui exceptionnellement était vide et d’un calme absolu.
Je m’installe à ma place, songeant avec délices aux 3h de train qui vont me permettre de dormir et de récupérer de mon jetlag newyorkais. Direct jusqu’à Arcahon avec un arrêt à Bordeaux pour larguer le train de derrière…

Aussi quelle n’est pas ma surprise, lorsqu’une voix me tire de mon sommeil pour me dire de ne pas tenter d’ouvrir les portes… De quoi s’agit-il ? D’un arrêt inopiné et imprévu à Saint pierre-des-Corps, car un des wagons semble subir une avanie. Qu’à cela ne tienne, la douce voix du contrôleur nous assure que le pilote dispose d’un manuel, qu’il est en mesure de localiser la panne et que tout se passera bien.
Rassurée par une telle confiance en la vie, je replonge dans une légère somnolence, troublée 15mn plus tard par le contrôleur, ravi de nous annoncer un départ imminent.

Me revoilà à nouveau plongée dans les doux bras de Morphée et bercée par le doux roulis de ce TGV qui fend la riante campagne française. Roulis… mais quel roulis ?
Oui, c’est bien cela, nous sommes à nouveau à l’arrêt !
La douce voix du contrôleur nous recommande une fois de plus de ne pas tenter de nous évader, rapport à la campagne qui nous entoure.
Toujours cette avarie. Mais si le pilote a déjà géré le souci une fois, cela devrait être bon à nouveau. Ou pas.

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Pendant que le contrôleur nous assure que tout est fait pour localiser le souci, le temps derrière la vitre de mon wagon partage ma détresse. Le ciel bas est aussi morose que moi. Il pleut sur la vitre comme il pleure dans mon cœur ! 
Visiblement, le pilote peine a trouver une solution. Qu’à cela ne tienne, le contrôleur, soucieux de nous renseigner, nous fait très régulièrement savoir qu’il n’en sait pas plus mais qu’il pense à nous et ne nous oublie pas. Quelle joie de se savoir tant chéris par un agent de cette très chère SNCF.

Le wagon bar du train arrière (celui qui s’arrête à Bordeaux, et dans lequel je ne suis pas) est à l’origine du souci. Rien ne pouvant être fait, il est décidé que le pilote change de train pour nous faire repartir en sens inverse. Ainsi, nous libérerons cette voie en nous dirigeant vers un aiguillage qui nous fera changer de direction. Là, nous pourrons traîner le second train sur un itinéraire bis, à notre rythme.
Et nous voilà repartis en sens inverse. Et on s’arrête 5mn. Et on repart à 2 à l’heure. Et on s’arrête à nouveau. Et on repart, mais à nouveau dans l’autre sens. C’est un lent, un très lent ballet où le train hésitant ne sait où aller et roule tour à tour dans les directions opposées entre de nombreux arrêts. Sur le bas-côté, un escargot, pressé (il pleut, il est de sortie) nous dépasse.

Les heures s’égrènent sur ma montre et je sais déjà que louperai la répétition de chorale. Mais l’espoir chevillé à l’âme, je ne doute pas être à Arcachon un peu avant 16h pour la messe et accompagner l’union de mes chers amis.
C’est alors que le haut-parleur détruit en un instant tout espoir.
L’aiguillage que nous avons rejoint ne fonctionne pas. Que n’ai-je tant vécu que pour cette infamie. Les voyageurs du train arrière seront rapatriés dans le train avant puis nous nous dirigerons vers Bordeaux, abandonnant le train arrière seul, dans cette campagne couverte d’éolienne à proximité de Poitiers (et oui, on a pas des masses avancé t’as vu).

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En bonne peste, j’avais déjà suggéré que l’on abandonne le train arrière, lui et ses passagers afin de nous permettre de continuer notre voyage vers Arcachon. Dieu merci, entre mes micros siestes, j’ai retrouvé une amie et nous décidons de faire un contremariage en wagon bar. Bien nous en a pris car l’exfiltration des passagers du second train se fait attendre. Longtemps. Brisant ainsi nos espoirs d’arriver à temps pour le cocktail.
Que voulez-vous, il est déjà 17h, nous avons à peine dépassé Poitiers et tout l’espoir du monde ne peut rien contre la lucidité. Oui rappelez-vous, nous devions arriver à Arcachon à 13h40.

Et c’est ainsi que les passagers du train arrière finissent par arriver. Attablées (oui, il y a des tables et des sièges dans les nouveaux wagons-bar / victoire pour le peuple), mon amie et moi dégustons nos bières.
Les pauvres investissent notre train, hagards, se ruant à travers notre bar en quête de nourriture. Ils ont manifestement vidés le leur avant d’être exfiltrés.
Pour leur malheur, nous avons également vidé le nôtre. Que croient-ils ces innocents ? Que l’on s’est tourné les pouces pendant ces 5h à l’arrêt sans espoir de sortir du train ?
Le barista n’a qu’un cheeseburger et un cookie à proposer à cette marée humaine. Quant aux bières, on leur en a laissé quelques unes. Les palais distingués ayant quant à eux siphonés tout le vin. Sans doute car on se dirige vers Bordeaux, qui sait ?

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Et c’est ainsi que nous repartons, dans un délire collectif.
Le pilote donne tout et nous le soupçonnons d’établir un nouveau record de vitesse. Ce train entre dans la légende : Poitiers-Bordeaux en 50mn. Nous les habitués de cette ligne avons rarement vu cela. Tant de vitesse après ces longues heures immobiles. Mon Dieu j’hyperventile, on a passé la 3e.
Et c’est ainsi, contre toute attente que nous arrivons à Bordeaux, à 18h30. Terminus du train. Réussir à aller en direct à Arcachon aurait été trop beau. Il nous reste ce bon vieux TER, qui attend comme d’habitude en voie B. Je réussis à obtenir un plateau assistance repas SNCF sur le quai. Je suis très émue, c’est le premier de ma vie. Je souhaite d’ailleurs être inhumée avec. Merci.

Une dernière petite heure pour rejoindre Arcachon. Plus de taxis à l’arrivée. Le Ciel nous envoie un bus qui nous dépose 30mn plus tard près de notre centre d’hébergement. Nous nous changeons et nous dirigeons vers le tir au Vol où a lieu la cérémonie.
Hagardes et dépitées, nous arrivons enfin. Il est 21h passées de quelques minutes.
Le dîner bat son plein. Nous recevons une standing ovation qui ne nous rendra pas les merveilleuses heures que nous avons raté l’après-midi.

Alors que je médite sur le fait d’avoir mis plus de temps à faire un Paris-Arcachon qu’un New York-Paris, un invité déclare : “Il devait y avoir un chat noir dans ce train”.
Je souris. Je suis le Mistigri.

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